LA HONTE

     Il fut un temps où j’avais simplement honte d’être belge, d’être la risée du monde entier, à cause des «affaires », à cause de Dutroux, à cause de la Flandre, à cause du dépeceur de Mons….

 

      Puis vint le temps où j’eus peur d’être belge, à cause de l’incessant profil bas adopté par nos représentants devant les diktats et les desideratas accordés d’office à  n’importe quel individu, organisme ou pays étranger tapant du pied ou levant un poing  vengeur devant nos lavettes nationales, alors que nous, belges, n’avons plus qu’un droit, celui de subir les contrôles de police, d’identité, d’alcoolémie, de vitesse, d’armes prohibées, de la part de la publicité, de la justice, de l’administration, sans oublier l’inquisition du fisc et  de l’Onem.

 

      Mais ce que je viens de voir est beaucoup plus grave, et le sentiment qui prédomine est une immense tristesse, voire une désespérance mêlée d’horreur, au point d’être content que mes parents soient morts  pour qu’ils ne voient pas CA !

 

      Obliger, sous un pseudo prétexte d’aménagement du territoire, quelqu’un à détruire sa maison, construite de ses propres mains par un homme qui aurait pu être mon père, entrepreneur lui aussi est un comble de déshumanité et d’horreur écologique. Le sommet de la négation du droit le plus élémentaire de l’homme : celui d’avoir un toit pour lui et sa famille.

 

      Et tout cela sous le couvert de l’anonymat, bien sûr ! Il y a quand même quelqu’un qui a pondu ces lois de l’horreur que jamais une personne normale n’aurait imaginé pouvoir exister. Personnellement j’aimerais bien rencontrer un de ces monstres de l’administration de l’urbanisme, rien que pour voir la tête que çà a,

un bourreau urbain, ne fût-ce que pour en protéger mes enfants. Mais je crois que je serais déçu. Il doit avoir la tête du «on » ou du «ils », souvent invoqués lorsque les «gens » parlent de «çà ».

 

      Et qu’on ne vienne plus nous parler de violence et d’insécurité. Celle-ci en sera à tout jamais le paroxysme, l’emblème d’une société pourrie dirigée non plus par des hommes mais par des compromis faits de fausse culture, d’hypocrisie, de mensonge, de lâcheté, de consensus mou qui conduisent à des actes gratuits d’une barbarie inouïe, que rien ne justifie.

 

      La terre est  notre mère, et rien ne peut justifier le mal qu’on  lui fait. Et surtout pas ces aménageurs du territoire qui sont en fait les fossoyeurs d’une civilisation qui ne respecte plus rien, sauf le plaisir, le pouvoir et l’argent et qui ne parle que de droits là où elle devrait faire son devoir.

 

      Et tout cela sous un gouvernement socialiste et libéral allégé !

Que sera-ce lorsqu’on sera en véritable dictature ? Car ne nous y trompons pas ! Si de telles lois existent, c’est que de petits nazis en col blanc ( les plus dangereux !), et autres technocrates en mal de pouvoir y pourvoient.

 

      Les pions sont en place pour détruire les derniers soubresauts d’une démocratie qui dérange et favoriser  les plans de carrière de quelques arrivistes impatients de ressentir l’ivresse du pouvoir absolu et de l’argent facile.

 

      Un dernier mot pour mon père : sache, papa, que malgré mes nombreux défauts, je n’ai rien à voir dans tout cela : j’ai échappé à l’armée, à la police, à la magistrature, à l’administration, le fourre-tout des nuls,mais plein à ras bords d’électeurs. Je rêvais d’être architecte, pour bâtir de mes mains mes propres rêves. Je  rêvais d’être musicien pour les mêmes raisons. Mais maintenant, je suis content de n’être rien de tout cela, en fait de n’être rien ou presque rien du tout, rien qu’un peu de poussière que la vanité tient à peine debout et  que beaucoup d’inconscience empêche de s'écrouler.